Dimanche 27 septembre 2009 7 27 /09 /Sep /2009 12:35

Apres le départ de Chonchon, me revoila parti en solitaire. Ca fait toujours un peu bizarre au début, apres tant d'aventures partagées et un mode de vie habitué a la présence de l'autre. En fait il m'était déja arrivé la même chose au Maroc quand un autre pote, Aurele, s'en était retourné en Espagne et que j'étais resté un peu plus profiter de ce beau pays ; un jour bizarre, entre deux eaux comme dirait Paco de Lucia, et apres tout était redevenu rose, ou bleu.  Bah il m'est arrivé à peu près la même chose ici et donc, pour pas me morfondre a Cuzco, j'ai décidé de suite de prendre la direction d'Arequipa, pas loin de la côte Pacifique et de la frontiere chilienne, au sud du Pérou.

Arequipa est surnommée la Ville Blanche pour son climat clément et ensoleillé tout au long de l'année, mais surtout pour ses nombreux édifices coloniaux et églises faits de la traditionnelle pierre volcanique blanchâtre extraite à quelques kilomètres de la ville, au pied des imposants volcans l'entourant, l'enneigé Chachani (6075 m), le superbe Misti (5822 m), et la chaine du Pichu Pichu (5571 m).

Toute la côte péruvienne est proche d'une faille géologique et donc dans une zone à haut risque tectonique. L´histoire de ces villes plus ou moins côtières est donc parsemée de tremblements de terre (pour Arequipa notamment) permettant de suivre parallèlement aux événements géotectoniques une évolution architecturale pour faire face aux conséquences destructrices de ces derniers, mais aussi d'inondations et autres tsunamis pour les villes faisant face a la mer.

J'ai eu de la chance et j'ai pas connu de catastrophes, mais de mon coté Arequipa a été comme un petit séisme tant la vie fut folle là-bas ! Moi qui pensait y rester 3 jours j'y ai passé une grosse semaine...


D'abord le choc fut naturel, avec la visite du plus grand Cañon du monde, le Cañon de Colca et ses 3190 mètres d'à-pic à certains endroits... (en fait pour être précis le plus grand du monde est pas le Colca mais le Cañon voisin du Cotahuasi ... qui est plus profond de quelques 160 mètres, à une dizaine de kilomètres du Colca).

Comme le salar d'Uyuni, la Laguna Colorada au Sud Lipez, le Huayna Potosi dans la cordillère Andine, le Glacier du Salkantay ou le site du Machu Picchu, le Cañon de Colca fait partie de ces sites où la nature est ébourifante et t'explose en plein dans la face.

J'avais décidé d'y faire un petit trek de 2 jours de marche, ce qui reste la meilleure facon de le découvrir, mais pas la plus simple puisqu'un cañon c'est pas trop plat, donc grosse alternance de montée et de descente, et un chemin à base de "jte descends 1000 metres de dénivelé, jt'en remonte 800 pour aller a Tapay, pi j't'en redescends 800..." le tout sous une chaleur cañonesque...
Le 1er jour fut donc magnifique, le chemin traversant des portions de terre nue, rougeâtre, jaunâtre, beige, ocre, des plantes aux formes bizarres anthropo ou zoomorphes, ou bien des vergers verdoyants ou encore des champs de cactus utilisés pour la culture de la cochenille.



Mais c'est quoi la cochenille en fait ? Parce qu'on connait tous le rouge cochenille, un des tubes de peinture au nom bizarre utilisé en cours d'arts plastiques pour étaler sur de pauvres feuilles de papier Canson qui auraient mérité un meilleur sort, mais il vient d'où ce "cochenille" ?
En fait c'est assez étonnant... Il faut cultiver une certaine espèce de cactus, bien connue, que de petits vers vont venir parasiter. Et quand ils viennent se prélasser sur ces larges feuilles de cactus, ils laissent des sortes de petites crottes blanchâtres (ou oeufs ? ca j'ai pas tout compris, mais je trouve que la crotte c'est plus sympa que l'oeuf donc je garde la crotte pour mon histoire) qui sont récoltées toutes les 4 a 6 semaines. Mais ça ça ne nous donne pas le rouge cochenille... Mais en fait si ! Parce qu'il suffit juste d'écraser ces petites crottes d'oeufs entre les doigts et il en sort... un liquide épais rouge caractéristique, utilisé comme colorant, voilà notre rouge cochenille !

Bon, ce 1er jour a aussi été l'occasion de rencontrer un autre voyageur solitaire avec qui j'allais passer pas mal de temps, Alberto, alias Beto, espagnol des Asturies, faisant son petit tour d'Amérique du Sud pendant 1 ou 2 ans.
Et c'est en sa compagnie qu'on a fait un tour à Cruz del Condor, un site bien connu au milieu du Cañon, à la partie haute de celui-ci, puisqu'une colonie de Condor des Andes y a établi ses quartiers dans les recoins invisibles de la falaise abrupte.
Pour être franc je ne m'attendais pas à grand chose mais là j'ai pu voir un des plus beaux spectacles naturels de ma vie...



En effet, le matin, peu après le lever du soleil dont la chaleur des rayons permet à l'air de se réchauffer, les condors remontent progressivement la paroi du cañon, profitant des courants d'air chaud ascendants pour s'élever doucement vers les cieux. Tout à coup on en voit un apparaitre, au loin, en bas, faisant des huit le long de la falaise, cherchant l'ascenseur chaud, bientôt suivi d'un autre, puis d'un troisième !!!

Et là le festival commence ! Et c'est pas des papillons hein, c'est des espèces de monstre de 2 mètres d'envergure, aux ailes déployées, se mouvant dans l'espace, immobiles et imperturbables, noir et blanc pour les adultes, marron pour les plus jeunes, se rapprochant peu à peu jusqu'à passer 2 mètres au-dessus de ta tête, dans un bruit de coup de vent, te jetant un coup d'oeil goguenard et blasé - ou limite intéressé en regardant tes petits bras potelés, mais définitivement trop vivants pour être bien intéressants ! IMPRESSIONANT !!!!


Cette 1ère journée idyllique ne pouvait mieux se terminer... arrivée au fond du cañon dans une oasis naturelle, où les 3 ou 4 hébergements aux noms évocateurs - le jardin d' Eden, le Paraiso... - sont chacun pourvus d'une piscine naturelle, charmante et fraiche, baignant dans une végétation luxuriante, et de quelques cabañas au prix dérisoire pour y passer la nuit.


Je n'ai pas pu m'empêcher bien sûr d'aller faire un petit plouf le soir avec un autre pote español rencontré sur le chemin, un surfer ésotérique des Iles Canaries (d'ou le teint plus halé et le coffre à la place du thorax), et un gros plouf le lendemain au réveil avec Beto !!!












Après ces aventures cañonesques, arrivent les aventures urbaines d'Arequipa avec Beto !
Et là je sais pas trop comment tout s'est enchainé, ni le pourquoi, mais dans le désordre, il nous est arrivés un tas d'aventures !

D'abord c'était le we donc on en a profité pour sortir, et ils savent faire la fête à Arequipa ! Mais pas seulement puisque quelqu'un a mis une drogue ("pepia") dans le verre de Beto à son insu et qu'il s'est retrouvé dans une autre dimension... ça aurait pu être juste anecdotique si en fait il avait pas perdu tous ses moyens et ses souvenirs pour ne garder le lendemain que les traces de coups et de griffures qu'il avait recus par une fille déchainée et inconnue (qui ne lui a rien piqué mais l'a bien passé à tabac...). Pour rester dans la catégorie noire, on est tombé sur un gérant d'hôtel pervers, avare et colérique qui ne voulait pas nous ouvrir la porte de l'hostal la nuit et qui nous a prié de faire nos valises le lendemain, ce qui n'était pas nécessaire de nous demander vu que nos sacs étaient déja prêts. Malgré les velléités du personnel et du sympatique proprio nous priant de rester et s'excusant, il était impossible de rester plus longtemps à coté d'un fou de la sorte.


Heureusement il n'y pas eu que de la catégorie noire, et dans la catégorie rose on a rencontré un chef cuistot végétarien argentin itinérant cinquantenaire adepte d' Hare Krishna avec quelques problèmes de prostate, Maha (son vrai nom c'est Miguel mais il l'a changé pour avoir un nom plus cosmique), dont les adjectifs manquent pour le décrire, un peu illuminé et balbutiant, un peu humaniste aimant la terre entière et pragmatique pensant à son projet économique de cours de cuisine végétarienne en Europe et à sa future tournée gastronomique au Mexique... Rencontré au marché, il nous a invité à venir cuisiner chez lui : au menu, pizza végétarienne a la poêle (!) et vin chaud maison !

Et quelle maison !

Un appart sans meubles, où tout, mais vraiment tout est étalé par terre, des DVD de cuisine minceur aux bracelets de macramé, de son baton d'art martial à des cartons où a été peint "Abrazos Gratis" (Embrassades Gratuites), sans parler de la cuisine, chaotique... bref, la bouffe du déjeuner a été prête pour le dîner, que l'on a pu partager avec le colloc gracieusement hébergé par Maha, Diego, un Colombien parti depuis 4 ans en vadrouille en Amérique du Sud et gagnant sa vie en faisant des jongles avec un ballon de foot aux feux rouge, et le faisant même très très bien, aucune partie du corps n'étant négligé, et pouvant faire ses acrobaties debout, de dos, assis, allongé... Tellement bien qu'il a déjà tourné dans une pub TV...  C'est quand même étonnant de voir Diego gagner sa vie dans la rue au feu rouge alors qu'il passe dans une pub TV dans son pays...





Bref cette journée un peu folle n'aurait rien été sans le bouquet final et la décision, sur un coup de tête venu d'on ne sait où (peut-être des jongles de Diego finalement...), au vu des panneaux en carton "Abrazos Gratis", d'aller faire un tour dans la rue avec ces panneaux et des chapeaux de chef cuistot prêtés par Maha. Nous voilà donc tous partis, la bande des 4, Maha l'Argentin en tête, Beto l'Español, Diego le Colombien et moi-même, petit Français, dans les rues d'Arequipa avec nos panneaux brandis en l'air pour donner des embrassades gratuites !
Je pensais que ça allait durer 5 minutes et qu'on allait se lasser... mais non ! Tout le contraire ! On a passé plus de 2 heures à arpenter la rue piétonne principale d'Arequipa à l'heure de pointe le vendredi soir, la Plaza de Armas, place centrale, donnant des centaines et des centaines d'abrazos, certains distants ou brefs, d'autres bien appuyés ou chaleureux, prenant dans nos bras des cholitas (femmes indigènes au costume traditionnel), des costards-cravate, une tuna (groupe d'étudiants musiciens passant de bar en bar et jouant des airs traditionnels en échamge d'une petite participation financière) ou encore des mascottes en tenue de portable Telefonica, embrassades toutes gratuites, brisant la glace avec les gens, voyant des sourires apparaitre, même des larmes, certaines personnes nous remerciant et nous demandant de recommencer ça le lendemain, nous gratifiant d'un " Merci, Dieu te bénisse" ou d'un "J'en avais besoin", beaucoup s'interrogeant sur le pourquoi de cette opération ( "y'a un truc à gagner ? une caméra planquée ?" !!), jusqu'à atteindre un groupe de pas moins de 15 personnes et une dizaine de nationalités à un moment, nous accompagnant dans cette pure opération de bonheur et d'amitié sans frontières, sous la coupe de Maha bien sûr, déchainé comme jamais !!! Et franchement ça fait du bien !! Et j'avais mal aux joues comme rarement, apres avoir passé tout ce temps le sourire accroché aux lèvres et le rire pendu aux bajoues !
Quelques photos en sus sur le blog de Beto, ici : http://albertosuarezgarcia.blogspot.com/ et son récit pour les hispanophiles...


Y'a aussi eu la visite d'un couvent bien différent de tous les autres que j'avais pu voir jusqu'a présent, le Convento Santa Catalina. Ce couvent, fondé par une riche veuve Españole au XVIe siecle, était destiné a accueillir des jeunes filles issues uniquement de riches familles espagnoles dont la dot conséquente a vite enrichi le couvent, et qui conservaient a l'intérieur de celui-ci un mode de vie hédoniste ressemblant à celui qu'elles pouvaient avoir à l'extérieur puisque la plupart des riches nonnes avaient toutes une cellule individuelle, avec servante et cuisinière ! Le couvent, occupant une surface considérable, est donc devenu peu à peu une petite ville dans la ville, avec ses rues, ses bâtiments s'ajoutant au fil du temps, ses dédales de passages, ses cellules aux perspectives surprenantes alignées comme de petites maisons, et loin du coté austere auquel on pourrait s'attendre venant de la fonction d'un tel édifice, ses murs de pierre volcanique typique d'Arequipa sont peints de couleur gaie, d'un bleu profond et d'un rouge ocre magnifiques, le tout donnant une atmosphère très douce, féminine et emplie de joie de vivre. Le couvent n'en est pas moins resté strictement fermé au monde extérieur pendant près de 3 siecles, et son ouverture n'a eu lieu qu'en 1970, révélant ainsi au monde ses secrets...

Le reste du temps passé a Arequipa fut comme quand on s'habitue à vivre dans une nouvelle ville. Une routine s'est donc progressivement installée, avec nos habitudes au marché, les jus de fruits de Nelly, les chicharones de chancho (porc grillé) chez Doña Carmen, nos commercants préférés, nos amis avec qui on allait prendre un verre...

Il me restera un souvenir spécial de cette ville festive, gaie, ensoleillée, pleine de surprises et de folie.
Mais un jour vient le moment de faire les bagages et de partir vers d'autres horizons...

Par Briva L - Publié dans : Perú
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Commentaires

Complètement ouf, cette histoire de condors, de canyons, de câlins et de Krishna ! On dirait que tu y a passé une année.
Comme toujours, je te lis avec beaucoup de plaisir, et je re-raconte même tes aventures à d'autres, comme une vraie aventure en feuilleton dont je ne veux pas rater un épisode. Tu feras un blog pour le prochain semestre ? À chaque opération, un post... un concept à développer...

Je t'embrasse.

Annab
Commentaire n°1 posté par Boule le 28/09/2009 à 05h09
Non je ne déserte pas ton blog, bien au contraire et retrouve avec plaisir les aigles croisés à la frontière entre Argentine et Bolivie. J'étais en Afrique du sud avec mes amies les autruches et les girafes puis ensuite au Mozambique sur l'île de Benguerra. J'ai eu l'impression de remonter le temps et d'atterrir, en hélicoptère, mais oui, aux Comores il y a 40 ans exactement. C'est fantastique une vraie île africaine dans l'océan Indien, les autres, à part Madagascar étant plutôt arabes, indiennes ou métissées. Mais pour lire ma prose il te faudra attendre la parution des magazines. En tous les cas tes récits, tes photos sont dignes d'un très bon auteur. Je te félicite d'avoir choisi de passer ainsi tes quelques mois de temps libre avant de retrouver le bistouri et autres joyeusetés.
Je t'embrasse et viva El Brivaël... Kenavo, sonne mieux avec ton prénom certes mais je suis une des rares Le Dû à ne pas revendiquer mes racines bretonnes.
Commentaire n°2 posté par Vieille tante le 01/10/2009 à 18h19
Hola Briva bigote!!...No te imaginas la alegria q siento cada vez q veo tu blog....la verdad q haces q me "transporte" viendo tus excelentes fotos y leyendo tu comentarios, sos un GRANDE. Vos si q sabes difrutar de las cosas...ja
Te mando un abrazo! El bigote sureño.
Commentaire n°3 posté par martin le 02/10/2009 à 02h56
Une bise aux 2 plus mordues du blog - en tout cas des commentaires ! Si vous prenez plaisir à parcourir ce blog sachez qu'il est partagé avec la découverte de vos remarques à vous !

¡ Gracias Martin ! Echo mucho de menos Argentina, tu habitacion en Cordoba... Sabes que muchas veces ahora un "che" sale de mi boca sin que me de cuenta ! Obra de ustedes boludos argentinos ! Un abrazo bien fuerte pa ti
Réponse de Briva L le 02/10/2009 à 20h10
Merci beacoup pur la mención en el blog jaja!! Tio, yo me voy ahorita de Cuzco hacia Ayacucho, ya ves que voy despacio jeje. Tú por dónde andás? Un abrazo fuerte!!
Commentaire n°4 posté par El Beto le 03/10/2009 à 23h12
Ahhh hice el trek del Salkantay como me dijiste, en el blog lo tengo todo contado, fue super superduro pero genial. Mas abrazos!
Commentaire n°5 posté par El Beto le 03/10/2009 à 23h13
Eres un campeon huevon ! Lo lei en tu blog...
Solo, bajo lluvia, en el frio, hasta el final, ya te podemos apodar con el " Che " compañero : HASTA LA VICTORIA SIEMPRE !!!
Ya soy vuelto a Madrid, y dentro de unos dias a Paris...
Que sigues tu asi mismo, disfrutando tu viaje como sabes hacerlo !
Nos vemos !
B.
Réponse de Briva L le 17/10/2009 à 15h51
Ah, c'est trop beau (les vautours dans l'azur), ou trop trognon (los abrazos en la ciudad), ou trop étrange (les cactus auxquels on se surpendrait à demander sa route), on n'en peut plus, on en reste sans voix (d'ailleurs, je ne dis rien) !
Le concombre masqué.
Commentaire n°6 posté par Yann le 04/10/2009 à 22h49

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