J'ai donc fait quelques étapes de santé, quatre en tout, pour tout de même avoir une impression de ce pays au nom si enchanteur. Et j'ai pas été déçu !
Troisième ville en taille d'Equateur après Guayaquil et Quito, Cuenca n'a pourtant rien d'une mágalopole.
On s'y sent comme dans une grande ville de province, nichée dans un joli cadre de montagnes verdoyantes, et son architecture coloniale invite à la promenade et à l'oisiveté.
Cuenca est notamment connue pour ses fameux chapeaux en "paja de toquilla" (fibre d'un palmier de la côte Pacifique), aussi appelés "Panama" sous nos tropiques.
Comme c'est mon chapeau préféré je me suis penché sur la question et en ai profité pour visiter 2 lieux de production, une "usine" qui produit à grande échelle et exporte à l'international et une
fabrique-boutique artisanale à taille humaine, Barranco, du nom du quartier de Cuenca où elle se trouve, où j'ai pu suivre la confection des chapeaux Panama que j'ai commandés.
Commençons par le
point historique, et c'est pas bien compliqué.
D'abord il faut savoir que la paja de toquilla utilisée pour la confection des sombreros est produite sur la Côte Pacifique de l'Equateur comme je l'ai mentionné plus haut, près du village de
Montecristi. Montecristi est donc le lieu où originairement les chapeaux étaient fabriqués, et reste encore aujourd'hui la référence en terme de qualité et de virtuosité concernant les Panamas
(les connaisseurs approuveront les yeux fermés !).
Pourquoi Cuenca alors ? Parce qu'à la fin du XIXème siècle Cuenca a subi une crise économique non négligeable, et qu'une des solutions trouvées pour faire face à celle-ci fut d'envoyer plusieurs
personnes dans la province de Montecristi pour se former à l'art du tissage de ces chapeaux. Une fois revenus au pays, ces précurseurs cuencanos ont commencé à fabriquer leurs propres Panamas
hat.
Mais ça répond pas au problème de la
dénomination du chapeau et de son usurpation de nationalité ?
Non. Mais c'est très bien tombé pour les Cuencanos puisqu'au début du XXème siècle a commencé la construction du Canal de Panama et une main d'oeuvre venant de toute l'Amérique Latine a été
necessaire en grande quantité. Le fameux chapeau de paja de toquilla que portaient plusieurs ouvriers Equatoriens s'est alors révélé le meilleur moyen de se protéger du soleil cuisant du Panama,
et les promoteurs du Canal ont décidé d'en importer des milliers d'Equateur, et donc de Montecristi et Cuenca (surtout Cuenca puisque la région était beaucoup plus peuplée et à même de fournir de
grandes quantités de ces chapeaux), pour coiffer ses travailleurs. Et comme la construction du canal fut un événement d'une importance mondiale avec une couverture médiatique internationale
de grande ampleur, l'image du travailleur coiffé du chapeau de paja de toquilla s'est répandue et l'amalgame a vite été fait, le sombrero prenant alors le nom de "Panama hat"...
Le
processus de fabrication est assez simple.
1- La palme est récoltée sur la Côte pacifique et sa fibre en est extraite après avoir bouilli les feuilles de palmier.
2- Le travail de la tisseuse est entièrment manuel. Il faut de 6 à 12 fibres pour tisser un chapeau, et de 2 à 40 jours. Ceci dépend de la qualité souhaitée : plus il y a de noeuds, plus ceux-ci
sont fins, plus il faut de la fibre, et du temps ! Sans parler de l'adresse de la tisseuse qui travaille avec des fibres extrêmement minces pour les meilleurs chapeaux.
3- Le chapeau tissé avec ses fibres restantes pendantes est alors vendu à une fabrique, petite et artisanale ou énorme et plus ou moins automatisée.
-> La fabrique se charge de la finition : teinte en blanc dans des bains d'eau chaude mélangée à quelques chimiques durant plusieurs heures ou jours, puis découpe et couture du bord en
fonction du diamètre choisi.
-> Celle-ci va ensuite lui donner sa forme à l'aide de moules (avant en bois, maintenant en aluminum) confectionnés par des maîtres chapeliers.
3 passages d'une quinzaine de secondes dans une presse hydraulique chauffante sont nécessaires. Tout l'art de la fabrique est dans ce processus, permettant une liberté créatrice et donnant le
style propre de la fabrique.
-> Enfin la dernière touche consiste en la mise en place du ruban identifiant le fabricant à l'intérieur du chapeau, et du ruban noir, rayé ou de couleur à l'extérieur.
Et le chapeau est prêt !!!
(On remarque bien la
différence de qualité sur les 2 chapeaux ci-dessus, les fibres épaisses et espacées à droite, et très fines à gauche)
A Cuenca j'ai aussi pu visiter un ancien site archéologique Inca où un superbe jardin botanique et quelques beaux specimens à poil et à plumes ont aujourd´hui trouvé leur place !
2/ BAÑOS

Nichée dans les montagnes dans les hauteurs de Riobamba,
Baños est une ville thermale (comme son nom l'indique) populaire chez les Equatoriens et à l'ambiance très vacances vacances.
Sa particularité est qu'elle est au pied d'un volcan actif, le
Tungurahua, et même plutôt remuant puisqu'il a donné de ses nouvelles en septembre
2006. L'histoire de la ville est donc traversée d'éruptions du bouillonant voisin, et c'est tout naturellement que l'église de Baños est décorée de tableaux décrivant les miracles de la Señora de
Baños concernant la protection de ses éfigies et statues lors des éruptions précédentes.
Plutôt branché nature verte que Tazieff fumant, je suis allé me balader dans la vallée encaissée le long du
Rio Pastaza sur le
Sentier des Contrebandiers d'aguardiente vers les

impressionantes cascades situées non loin de la ville. En fait ce sentier tire son nom de l'époque où l'aguardiente était interdite en Equateur et donc
importée clandestinement en Equateur à dos de mule via quelques discrets sentiers de montagnes. Maintenant plus besoin, la cuite est légalisée et socialement reconnue en Equateur, donc fini les
ballades et les semelles usées, tout passe rapidement par la route et par le gosier.

Après avoir essuyé les crocs d'un chien pas très amical sur ma
fesse gauche, sans effusion de sang (héhéhé ça me rappelle le sauvetage par jojo de son Rollmops national lors d'une panne de camping-car... ! ), et m'être fait offrir de délicieuses mandarines
par un fermier vivant tranquillement et solitairement dans sa cabane, je suis arrivé à la
Cascada del Manto de la Novia (cascade du voile de la
mariée), 40 mètres de haut. Assez impressionante, et notamment le système de "
tarabitas" (la traduction littérale et évidente devant ê

tre fausse, je ne sais pas trop comment traduire...), sorte de
petite cage en métal se prenant juste au-dessus de la cascade, qui permet de traverser la grosse centaine de mètres de large de la vallée, le tout suspendu par un mince mais résistant câble
d'acier (si si très résistant ! de toutes façons si t'y crois pas tu la prends pas la tarabita) au-dessus d'un vide de 70 mètres permettant de contempler le tout piti piti fleuve sous ses
pieds... Bonne expérience !!
Sinon la 2ème option c'est le pont suspendu en bois tout défoncé en bas de la vallée. Pas beaucoup plus rassurant puisqu'est inscrit dessus "
No Bambolee" et "
No Amaquear" ce qui
pourrait donner quelques renseignements sur la résistance de la chose...

La 2ème cascada est connue dans tout l'Equateur, c'est la
Cascada del Pailon del Diablo (cascade de la face de diable), de 80 mètres de haut, et tirant son nom de la face cornue que l'on peut distinguer
en la regardant avec attention (certains y voient jusqu'à 5 faces de Diablito). Bien aménagée on peut la voir depuis plusieurs terrasses et même passer derrière le monstre en se faufilant dans
une sorte de tunnel creusé dans la montagne... on en ressort les oreilles bourdonnantes, le coeur secoué, et surtout complètement trempé !
De belles balades et aussi l'occasion de me faire de nouveaux compagnons de route très sympas avec qui je continuerai jusqu'en Colombie : un couple d'Américains déjantés,
Roby and Grace, et un Allemand un peu raide et très fumeur,
Max.
3/ LA LAGUNA
QUILOTOA
La Laguna Quilotoa, difficile d'accès depuis la ville de
Latacunga, est un grand lac aux couleurs changeantes, bleu turquoise, gris, vert émeraude ou blanc miroir, ayant rempli le cratère
du volcan Quilotoa après l'éruption de celui-ci il y a... longtemps.
Pour y aller on traverse de charmants petits villages peuplés en majorité de
pueblos indigenos portant le costume traditionnel, relevé par le chapeau
melon à plume de faisan latérale qui ferait un carton dans les clubs chics parisiens.
C'est très joli, isolé, mais aussi très venteux, et de peur de finir quelques centaines de mètres plus bas en train de patauger dans le cratère, on a préféré s'en tenir à aller voir en bas
comment c'était et s'en retourner prudemment, direction la capitale !
4/ QUITO

Dernière étape équatorienne de ma traversée du sud au
nord, Quito (3000 mètres d'altitude) est une capitale très vivante et magnifique, ayant conservé son centre historique à l'architecture coloniale, bordée de montagnes dont la base est recouverte
de quartiers de maisons de la même couleur, et dont on peut profiter de nombreux panoramas depuis l'une ou l'autre des collines ou montagnes la surplombant.
On retiendra le
Panecillo, petite colline à l'allure de petit pain coiffée de la Virgen Maria, séparant le sud pauvre et surpeuplé du nord de Quito où
se concentrent le centre économique et les buildings modernes. La descente fut baclée car passant dans un quartier un peu chaud et ouaich ouaich où les regards inquisiteurs pèsent lourd sur
ton dos après ton passage. Ça nous a permis de voir le cimetière du coin (pour rester dans l'ambiance...) typique du Pérou et de l'Equateur, avec ses gros bâtiments percés de centaines de niches
construites les unes au-des

sus des autres, en hauteur, afin de rentabiliser au maximum
l'espace disponible.

La
Cathédrale de
Quito, moderne, est aussi un bon mirador et est assez originale dans le sens où on peut littéralement la visiter de fond en comble, passant un pont sous les charpentes, grimpant des
échelles branlantes dans ses 2 tours pour contempler Quito derrière des gargouilles en forme de pélican, et ce jusquà la pointe d'une de ses flèches dont la pierre s'effrite peu à peu... un vrai
parcours d'aventurier !

Enfin Quito est une ville animée où se croisent
nonchalamment hommes d'affaire et pauvres gens en guenilles, population indigène en costume traditionnel et jeunes déjantés en recherche de fiesta...
Voilà en quelque sorte mon passage accéléré en Equateur, qui me confirme dans l'idée qu'il faut souvent rester plusieurs jours dans un lieu pour pouvoir bien s'imprégner de la vie qui s'y passe,
de la culture et des traditions de ses habitants, ce que je n'ai pas eu le temps de faire dans ce pays qui regorge pourtant de contrastes et de paysages différents tout aussi magnifiques que ceux
aperçus dans les autres pays que j'ai pu traverser.
Merde alors, va falloir y retourner ! Mais cette fois-ci j'incluerai peut-être les Iles Galapagos si mon porte-sous me le permet.
Mais ce petit sacrifice n'est pas vain !
Tout ceci pour privilêgier la
Colombia vers laquelle je file droit devant avec plein de temps à lui consacrer !!!
El cucumbre demascado.
Bonne route (jusqu'au bout).
N+Y
Merci pour tous ces détails sur la fabrication des Panamhats, je suis certaine que ce sera utile un jour dans ma vie !
Bizbizzz
Dans un tout autre style et genre, Docteur Damien nous a , le jour de son serment brillamment exposé les arguments pour la vaccination. Moi qui déteste les piqûres il m'aurait presque convaincue le bougre. En revanche il lui aurait fallu au préalable quelques cours sur l'art de vêtir la toge. Baci.... C'est pour faire genre. AM
Mais il reste quand même quelques aventures colombiennes en voie de narration à paraitre prochainement, et ne manquant pas d'ajì (piment ici), pour définitivement clôturer le voyage, et le blog.
Quand j'ai commencé le blog, je n'aurais jamais pensé que j'arriverais à continuer à le mettre à jour avec sérieux jusqu'à la fin.
C'était un peu comme un défi, et ça a été presque un boulot hein !
Et vous commentatrices régulières à la plume affûtée n'êtes pas étrangères à ma persévérance en cette voie et à l'accomplissement de cette aventure dans l'aventure.
Ce qui est sûr c'est que c'est devenu un vrai plaisir de partager mes péripéties, impressions et sentiments en récits, d'écrire tout simplement.
J'attends d'en apprendre plus sur le Mozambique, et de découvrir le Nouvel An Québécois les pieds dans la neige donc.
Plein de bises,
B.
Et moustache gracias pour la carte postale, le fier lama chevelu trône sur notre frigo... En attendant de savoir comment une de ces charmantes bêtes a craché au visage de Constance si j'ai bien compris, hasta prontissimo, chaval !
Seb
RDV pour une bière au retour ! Je suis à Madrid avec Chonch là, de retour la semaine prochaine à Paname.
Bises,
B.