Ascension du Huayna Potosi, 6088 m : ¡¡ Feliz Cumbreaños !!

Publié le par Briva L



Après le petit échauffement du trek d'El Choro, s'est dressé devant nous un mont, un pic, le Huayna Potosi, 6088 mètres de pierre et de glace situés dans la Cordillera Real en plein milieu de la cordillère andine, à quelques kilomètres de La Paz.



L'idée d'essayer de gravir cette montagne qui pourrait sans problème siéger sur l'étiquette d'une bouteille d'eau minérale a été comme un défi, puisqu'il s'agissait  pour nous deux de la première expérience d'alpinisme (ici on parle plutôt d'andinisme, normal non !) et de gravir avec crampons et piolet les flancs glacés de ce géant, mais aussi d'aller à des hauteurs que nous n'avions jamais atteintes
Le tout prit une tournure encore plus palpitante puisque cette ascension devait se faire en 3 jours, avec l'ascension finale le 16 août, jour de mon anniversaire (cumpleaños)...

Le 1er jour a consisté à se familiariser avec le matériel - crampons, piolets et encordement - et avec les techniques de montée et de descente sur glace en se testant sur un glacier situé au pied du Huayna Potosi, le tout en compagnie de notre guide, Mario alias "Super Mario", guide de haute montagne bolivien d'une cinquantaine d'années, avec une trentaine d'années de montagne derrière lui, et plusieurs milliers d'ascension du Huayna Potosi (un autre guide de notre groupe enchainait sa 3ème ascension en 3 jours, donc à ce rythme-là le nombre d'acensions grimpe vite, comme le guide d'ailleurs !)... un peu d'expérience ne fait jamais de mal !
Un vrai personnage ce Mario puisque tout le monde le connait - et le reconnait dans la montagne, du genre un gars 200 mètres plus haut, gros comme un point au milieu des rochers, qui d'un coup crit un "Hola Mario !" alors qu'on peine à le distinguer... - et qu'il en a vu passer des petits débutants cherchant à s'offrir une petite ascension au-dessus des 6000 mètres à qui il arrive toute sorte de déroutes, des plus joyeuses aux plus tragiques, aussi bien que des grimpeurs confirmés avec qui il a grimpé les autres monts Andins voisins de La Paz, bien plus exigeants et techniques que celui que l'on se désignait à monter. Et il avait toujours une bonne anecdote à nous mettre sous la dent, entre 2 sourires ! 

On partage le refuge avec Mark, un Australien bien sympa, et il faut dire que la 1ère nuit dans le Campo Base, à 4700 m d'altitude, fut assez compliqué pour Chonchon et Mark, et notamment le dîner, lui la tête dans les mains, les yeux fermés, et elle courbée en 2, les bras repliés sur le ventre, les yeux dans le vide... c'est que l'altitude ça te retourne un peu le corps et la tête, et nos matés de coca (thé à base de feuille de coca) n'ont pas été à la hauteur de leur réputation ("Si t'as mal à la tête ou au ventre tu bois un maté de coca et pouf ! plus rien !")... ça a plutôt été "Pouf ! et maintenant tu rajoutes l'envie de gerber !"


Dès le 2ème jour ont commencé les choses plus sérieuses, avec le passage du 1er refuge, Campo Base, à 4700 m, au 2ème refuge, Campo Alto, 5200 m.
Une montée simple à défaut de se taper nos gros sacs avec tout notre équipement - crampons, piolets, chaussures rigides en plastique, guêtres, doudounes et pantalons de ski, et toutes les fringues chaudes qu'on mettait les unes sur les autres une fois le soleil tombé et les températures chutant loin sous les 0ºC.

Plus de monde au Campo Alto que la veille, et une ambiance plus effervescente, chacun se préparant un peu dans son coin, ou partageant les témoignages de personnes ayant déjà monté cette montagne.
C'est que le rythme biologique n'est pas le même à ces hauteurs. On se cale sur le soleil et quand il se couche il ne sert à rien de tarder plus longtemps si ce n'est pour se retrouver gelés, et le meilleur refuge se trouve être le sac de couchage Mammouth triple épaisseur ! Dîner à 17H donc, soupe, riz et maté de coca (toujours aussi inefficace à calmer l'espèce de battement d'horloge qui tape dans la tête maintenant et empêche de bien se reposer). Et personne traîne puisque le lendemain le lever est à 1H du mat' ...

Pourquoi aussi tôt ? Tout simplement parce qu'il faut commencer à marcher à 2H du mat' pour arriver au sommet pas trop tard, objectif entre 5 et 7 heures plus tard, pour ensuite tout redescendre à pied et retourner à La Paz. Et que c'est plus facile de grimper quand il fait bien froid qu'avec le soleil dans la face et ses 30ºC en plus !

Après une nuit facilement qualifiée de toute pourrie en ce qui me concerne, avec une horloge dans la tête m'empêchant de dormir, arrive ce moment un peu surréaliste où tout le refuge se met en branle, en plein milieu de la nuit, les uns pliant leur sacs de couchage, d'autres sirotant leur maté de coca, les uns enfilant leurs bottes en plastique, un autre faisant tomber ses crampons dans un froid bruit mécanique, chacun affairé à ses petites affaires, comme une petite abeille dans cette rûche perchée dans la montagne.

Et là commence l'ascension de ce géant, à 2H du matin, harnachés comme des chevaux, crampons aux pieds, lampe frontale au front, piolet empoigné, les couches de vêtements accumulées pour éviter que le vent et le froid ne transpercent nos corps au cuir bien trop fin et n'y viennent troubler cette douce chaleur humaine...



C'est donc dans l'obscurité complète que de faiblards faisceaux de lumière commencent leur ascension, pas à pas, sans hâte mais avec régularité, plus comme des machines que comme des cabris.
On est encordés Chonchon et moi avec le guide, et durant notre progression en file indienne, pas le temps ni le souffle de se raconter des blagues L'effort physique est réel, notamment à cause de ces chaussures rigides chaussées de crampons et lestant ainsi chaque pied d'un poids d'un kilo et demi, ou à cause du manque d'oxygène qui se fait toujours plus sentir, pas après pas, mais la montée se fait plus avec la tête qu'vec les jambes ou les poumons...
Chaque pas demande qu'il n'y en ait pas de prochains, ou sinon pour redescendre, et à chaque fois il faut se recentrer sur la montée, se relancer vers l'avant, oublier les poumons qui brulent, le souffle haletant, l'horloge qui tape dans la tête et qui semble grossir et taper toujours plus fort au fil des minutes et des mètres gagnés sur l'apesanteur...


On ne voit pas le but de notre montée, le sommet, mais suivons le chemin toujours ascendant, à la pente variable et contournant les façades verticales dont l'ascension est impossible pour trouver un chemin plus accessible à nos petites pattes d'humain ; on croise des barres de glace et traversons d'énormes étendues enneigées ; on aperçoit bientôt au loin les lumières de La Paz scintillant de mille feux derrière d'autres monts plus petits et déjà dépassés ; on saute de petites crevasses sous l'oeil attentif de Super Mario qui inlassablement nous mêne vers ce sommet tant désiré ; on affronte aussi le froid de la pause WC, 10 minutes pour pouvoir enlever et remettre toutes les couches, les 10 les pus longues de ma vie !! ; mais le plus dur reste encore l'altitude et ses effets pervers... le mal de tête ne cessant de croître, auquel bientôt se joint le mal au thorax, oppressant, puis le mal de bide et les nausées, puis des douleurs dans tout le dos de haut en bas, ou encore des vertiges... Il ne s'agit pas de minimiser tous ces symptomes de l'altitude mais tous ceux qui grimpent ressentent un peu les effets pervers des hauteurs, et il faut donc savoir si le corps dit "Stop" à un moment et si tel est le cas le respecter. De notre côté nous sentons que pour l'instant ces symptômes sont mineurs et tolérables, aussi nous poursuivons inlassablement l'ascension.

Chonchon s'en tire bien mieux que moi, qui fanfarronait les nuits précédentes me trouvant frais comme un gardon des montagnes alors que Mark et elle étaient indisposés. Les rôles se sont bien inversés, et je commençais sérieusement à regretter de ne pas avoir pris quelques médocs comme les autres pour éloigner ces vilains maux de tête, de ventre, de dos... tout au naturel que je suis, à la feuille de coca qui se révèle ben faible face aux marasmes de mon corps, ça commence à devenir un supplice glacé... chaque pas est souffrance et nécessite un effort et une volonté renouvellée à tout instant...



Mario est tantôt à nous féliciter de notre bon rythme de montée, tantôt et même plus souvent à nous dire qu'à ce rythme-là nous n'allons pas arriver au sommet (à préciser qu´au bout d´une heure d´ascension, il s´arrête et nous dit "la chica, no va a hacer la cumbre..", soit "la fille, elle ne va pas atteindre le sommet", vous imaginez l´encouragement!), jusqu'au moment où ne sachant toujours pas où était le sommet, après 4 heures d'effort ininterrompus, les premiers rayons du soleil pointent et semblent éteindre le peu d'espérance qui nous restait d'arriver au sommet. Mario nous impose un repos de 20 minutes et nous dit que l'on est trop fatigués et qu'il ne nous reste pas assez de force pour arriver au sommet.

La déception ne dépassait même pas l'état de fatigue qui était le nôtre. Mais après 10 minutes de pause snickers, on repartait dans un élan de rage, doucement, très doucement, en direction de la cime tant attendue. Et bien nous en a pris de ne pas abandonner puisque 20 minutes plus tard, après un lacet sur la gauche, voilà l'apparition la plus chérie de la journée, la dernière ligne droite sur la cime nous amenant jusqu'au sommet !!!!











Là un bol d'émotion nous emplit, après tant de souffrances endurées, sous les rayons matinaux du soleil faisant progressivement monter le mercure, et les larmes jaillirent d'elles-mêmes des yeux, donnant un aspect scintillant à ce tableau magnifique !!! Il parlait que la dernière ligne droite est la plus difficile, et bien celle-là, malgré son mur de galce de 6 mètres à escalader, la paroi de 300 mètres de vide à notre droite et celle de 150 m à notre gauche, et l'étroit chemin pentu de 4 ou 5 mètres de large se dressant devant nous sur la cime ultime, comme la corde devant un équilibriste, et bien cette dernière ligne droite ne fut que du plaisir, un bol d'air et de soleil, de la pure satisfaction !!!







On a donc réussi à gravir ce beau géant de glace, et E super Mario et Chonchon m'ont donc souhaité mon anniversaire là-haut, à la bière en canette et à la bougie qui s'allume pas, a la cumbre (au sommet), à 6088 mètres de haut !!! Non pas un ¡ Feliz Cumpleaños ! (Joyeux anniversaire) mais un ¡ Feliz Cumbreaños ! Beaucoup d'émotion pour ce moment très spécial ! Un sentiment de soulagement et de pure joie mêlé à la fatigue morale et physique !





La descente fut exténuante, en pleine chaleur, et le retour au Campo Alto une souffrance de plus, les maux de tête ne passant pas et étant dans la quasi-impossibilité de boire ou de manger quelquechose. Mais déjà le chemin vers le Campo Base était effectué et nos pas nous ramenait vers La Paz et la Casa del Monticulo de Doña Lupe y Don José Antonio qui nous hébergeaient nous tendait ses bras douillets pour nous reposer après tant de dépense d'énergie !








Un nouveau repos bien mérité !
Un défi réalisé et pas le moindre.
Je me dis que je vais pas me recoller à une ascension comme ça de si tôt ! Mais plutôt "Bon maintenant va falloir un peu de plage et de soleil hein !"
Et ça y est ! J'ai enfin compris la puissance de l'expression "raccrocher les crampons" (et le piolet...).



Et en attendant les plages de Colombie et des Caraibes, c'est vers le Lac Titicaca que nous allons nous reposer !!!

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Publié dans Bolivia

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E
Bravo pour votre exploit ; très impressionnés nous avons pris beaucoup de plaisir à te lire. Que de joie quand on arrive enfin en haut.J'ai connu cela au Zanskar toute fière d'avoir passé un col à 5200m ; heureusement que nous n'allions pas plus haut mes pas étaient déjà très courts à l'approche du col. Félicitation à tous les deux.<br /> La carte est arrivée.Merci.<br /> Nous partons le 17 septembre pour le Québec mais pépère car nous effectuons notre expérience "camping car"!!<br /> Bisous<br /> Evelyne & Bernard
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A
Fou !<br /> Un gros bravo d'avoir gravi cette bête magnifique. Chonch tu es mon héroïne à vie.<br /> Briva, je pense que cet anniv a largement mis les 27 précédents à l'amende, non?<br /> Zêtes trop forts les copains. Merci pour ce beau moment de lecture (j'ai des courbatures, c'est normal?).<br /> Et en 2010, le K2, et pour les 30 piges, l'Everest.<br /> <br /> Bises.<br /> <br /> Annabelle
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M
Vous m'avez fait rêver... Feliz cumbreaños mon bribri !!
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Y
Alors là, nous sommes rassurés, vous l'avez fait OOOOUUUAAAAIS ! Bravo pour ce bel effort mais attention, nous, on n'a pas l'entraînement, on en ressort crevés, là, de cette histoire. Le souffle est court et on en reste cois (oui, nous sommes 2 donc coi > cois, quoi... Quoi ? bon, on en reste estomaqué(s) disons). Ah ! Briva, tu as quand même oublié quelque chose là-haut, non ? Tu ne vois pas ? Et la figure les bras en croix et la jambe dans le vide ? On ne la voit pas : la photo était floue ou quoi ? Il va falloir rectifier ça, non ? Y retourner ? pourquoi pas, la croix "de saint-andré" à 6000 ça aurait de la gueule ! Bon, saluons la performance de ch., de Constance : brava, la chica (bien tenté, en plus, le truc des bras... même s'ils étaient un peu lourds dans la descente, mais on comprend) !<br /> Bises et à bientôt (?),<br /> Y+N.
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